La question du végétarisme en bouddhisme a toujours fait débat, y compris au sein de la Communauté bouddhique elle-même... Depuis que l’Occident a découvert à son tour l’enseignement du Buddha, chercheurs et, désormais, adeptes de cette Voie ont tenté, à leur tour, de comprendre pourquoi cette pratique fort souvent préconisée – sinon même, parfois, exigée – est, dans les faits, aussi peu pratiquée. Les arguments des bouddhistes asiatiques sur cette question ont souvent semblé sybillins, voire hypocrites, à ces observateurs venus d’un autre « monde ».
En reprenant cette controverse, tout au long de sa longue histoire, nous espérons mettre en lumière les conditions, internes et externes à la Communauté bouddhique, qui ont justifié les préconisations comme les débats, parfois violents, qui ont opposé promoteurs et détracteurs d’un végétarisme absolu. Cette question ne saurait être réellement comprise sans la replacer dans le contexte doctrinal du bouddhisme et de ses notions essentielles : le conditionnement – y compris culturel et sociétal – de tous les phénomènes, la primauté de l’intention et de la motivation sur l’acte lui-même et, aussi, la prise en compte de chaque acte intentionnel au sein d’une même « ligne d’action ». Au final, on se rendra compte qu’il faut distinguer, absolument, le fait de « se nourrir » de celui qui consiste à « se procurer de la nourriture ».
Sommaire :
Introduction I – La nourriture des ascètes A. Un végétarisme courant B. La consommation de viande (animale ou… humaine) II - La nourriture des « moines » (bhikkhu) A. Entre idéal ascétique et conventions « mondaines » B. Les fondements spirituels du vinaya C. La nourriture comme médicament III - La nourriture des laïcs, « maîtres de maison » A. Exceptions d’un régime ordinaire B. Du statut (particulier ?) de l’animal IV - De certaines innovations du Mahāyāna A. Une argumentation renouvelée ? B. Un exemple de littérature théorique : le Laṅkāvatāra-sūtra C. Une exception chinoise… V - Et les bouddhistes contemporains ?... Conclusion